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Claude Semal d onne un nom à bruXsel et à la Belgique francophone
Chanteur engagé, poète, acteur et agitateur professionnel, Claude Semal est aussi un des premiers signataires de l'Appel des Bruxellois. "Nous existons" pourrait bien être sa devise. Dans un très bel entretien avec Le soir, il nous livre ses réflexions sur Bruxelles et sur la Belgique francophone.
" Le côté zinneke, ce mélange qui vient de la confluence entre la Flandre et le côté plus latin de la France. C'est un terreau de mélanges obligé de se réinventer dans le métissage. (...) Pendant quinze ans, cette étiquette de « communauté française » a fait de nous des Français de Belgique. Aujourd'hui, heureusement, on parle de communauté Wallonie-Bruxelles. Si on est incapable de dire son nom, on ne peut pas exister. Aujourd'hui si je parle de la Belgique dans mes spectacles, c'est surtout pour lui donner un nom."
bruXsel
Claude Semal geeft bruXsel en Franstalig België een naam aan
Claude Semal is tegelijkertijd zanger met engagement, dichter, acteur en beroeps-opruier. Hij tekende als een van de eersten de Oproep van de Brusselaars. “Wij bestaan” zou zijn leus kunnen zijn. In een heel mooi interview met Le soir geeft hij zijn mening over Brussel en over Franstalig België.
“ De samenloop van het Vlaamse met het meer Latijnse uit Frankrijk mondt uit in wat men ‘zinneke’ noemt. Het is de teelaarde voor mengvormen die verplicht worden zichzelf opnieuw te definiëren door kruisbestuiving. (...) Vijftien jaar lang heeft het etiket ‘Franse Gemeenschap’ ons tot de ‘Fransen van België’ gemaakt. Nu spreekt men gelukkig over de Franse Gemeenschap Wallonië-Brussel. Als je je eigen naam niet durft uit te spreken besta je niet. Als ik het over BelgIë heb in mijn voorstellingen, dan is dat vooral om het kind een naam te geven.”
bruXsel
Le Soir / Catherine Makereel / 2 février 2007
« Donner un nom à la Belgique
ENTRETIEN
Dans ses deux derniers spectacles, « Enfant de solo » et « S(e)mall Belgian Cabaretje », deux productions de l'ASBL La Charge du rhinocéros, Claude Semal laisse percer son inquiétude de voir disparaître notre héritage culturel. Que devient ce Pays petit, comme il le chante si bien, face au déversement d'une culture formatée, étrangère ? Semal a mal à sa belgitude et nous explique pourquoi...
Enfant de Solo du 2 au 10 février à l'Espace Delvaux puis en tournée en Wallonie ; OEdipe à la Ferme du 4 au 26 juillet au Festival d'Avignon (Gilgamesh Théâtre) ; S(e)mall Belgian Cabaretje du 18 au 29 décembre au Théâtre Royal de Namur, du 8 au 12 janvier 2008 à Wolubilis et en tournée en Wallonie. Infos et réservations : www.chargedurhinoceros.org.
Pourquoi cet attachement à la culture belge ? Quand je me suis remis à chanter, c'était l'époque où on commençait à parler de régionalisation en Belgique. J'ai pensé que la culture pouvait jouer le rôle qu'elle avait eu au Canada, où le mouvement culturel a accompagné le projet politique d'un Québec indépendant. En Flandre, c'est clair, ils veulent être flamands, mais de notre côté, ça n'a jamais été clair. Il n'y a pas de projet culturel chez nous, qu'il soit wallon ou belge francophone. Quand André Bialek a cessé de chanter, ça n'a pas provoqué de séismes, c'est fou ! Les Stefanski ont disparu et personne ne les a remplacés. Moi, j'ai le sentiment d'être habité par cette histoire commune. Depuis le temps, vous devez savoir que je ne manque ni d'humour ni d'optimisme, mais là je suis pessimiste car je suis assez seul. Les chanteurs belges qui font carrière aujourd'hui le font en s'appuyant sur la France. Il y a un vrai danger : un pays qui a du mal à entendre sa propre voix est un pays qui va mal et qui peut disparaître.
Quelles sont les caractéristiques de cette culture ? Le côté zinneke, ce mélange qui vient de la confluence entre la Flandre et le côté plus latin de la France. C'est un terreau de mélanges obligé de se réinventer dans le métissage. C'est aussi une culture des marges. Parce qu'il n'y pas de grand corpus belge littéraire, on occupe les terrains marginaux comme la BD ou le théâtre jeune public. Et puis, il y a cette difficulté ontologique à se nommer soi-même. Dans l'expression « belge francophone », on ne tient pas compte de la dimension wallonne, bruxelloise ou européenne. Un jour, j'étais invité avec Sttellla, entre autres, à un festival en Suisse. Les malheureux avaient appelé ça : la chanson belge. Et bien, parce qu'ils n'ont pas appelé ça « chanson de la communauté française de Belgique », on n'a pas eu de subsides. Pendant quinze ans, cette étiquette de « communauté française » a fait de nous des Français de Belgique. Aujourd'hui, heureusement, on parle de communauté Wallonie-Bruxelles. Si on est incapable de dire son nom, on ne peut pas exister. Aujourd'hui si je parle de la Belgique dans mes spectacles, c'est surtout pour lui donner un nom.
Une mission de longue haleine ? C'est fatigant. Aujourd'hui, à force de faire partie du paysage, les gens ont admis ma présence. Mais pour en arriver là, il ne faut pas avoir peur de vivre dans la marge. Récemment, j'ai participé à quatre émissions de radio, notamment à la RTBF. En tout, ça a duré deux heures et demie. Et bien pas une seule de mes chansons n'est passée. Pourtant j'en ai enregistré plus de cent. Le comble, c'est qu'une des journalistes m'a demandé pourquoi on ne m'entendait pas plus souvent à la radio. Je suis dans une position curieuse, en résistance, comme si j'étais en guerre.
Si on ne devait retenir qu'une chose de vous, ce serait ? Une chanson.
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